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1946"Cette année là j'ai fait deux rencontres extraordinaires"1946 est une année que Francis Lemarque a marquée d'une pierre blancheLa première rencontre s'est passée au Club des Cinq. Une salle de spectacle installée faubourg Montmartre, célèbre par la qualité de ses programmes. Yves Montand était à l'affiche. "Montand, vêtu d'un pantalon marron et d'une chemise de la même couleur, un sourire accroché aux lèvres provoquait dans le public un élan d'amour avant même de chanter les bonheurs, les luttes, les espoirs et les révoltes de toute une génération. Et chacun se reconnaissait dans les personnages qu'il faisait revivre" se remémorait Francis Lemarque. Ce fut un choc et ce jour là, Francis Lemarque décida de lui écrire des chansons... Quelques semaines plus tard il avait écrit les paroles et la musique de "Qu'elle était verte ma vallée", "Bal petit bal", "le tueur affamé" et jeté les bases de "A Paris" qui allait le travailler pendant des mois avant qu'il puisse la terminer. -Qu'est ce qu'il faut pour écrire des trucs aussi formidables que les tiens demanda t-il un jour à Jacques Prévert. - "Faut pas se dégonfler " lui répondit il. Après l'enthousiasme du début, Francis Lemarque se mis à douter de ses oeuvres...et de sa vie. Ses cousines lui proposaient un emploi de directeur dans un des magazins d'habillement qu'elles possédaient sur les Champs-Elysées. Un bon salaire, la perspective de monter en grade et plus tard de superviser la direction des cinq magazins dont elles étaient propriétaires. "C'est une occasion qui ne se représente pas deux fois, lui souffle une voix...tandis qu'une autre voix lui dit " Tu vas abandonner les rêves que tu portes en toi depuis des années". Pour se donner une dernière chance, il appella Jacques Prévert. Ils se connaissaient depuis 1934 et il le savait toujours disponible pour un ami dans le besoin. - Donne moi ton avis sur mes chansons. - Tes chansons je les aimes mais pour un avis il faut un professionel ! Pour Prévert, seul un artiste qui chante pouvait donner son avis sur une chanson. Il appella Yves Montand qui demanda au jeune auteur de venir les lui chanter sans attendre. Sans le savoir Prévert décida du destin de Francis Lemarque. La seconde rencontre fut encore plus foudroyante. Elle se passa chez Paul Silva Coronel, écrivain qui habitait chez Jean Vercors. Ce jour là, il recevait deux amis d'Egypte, Gaby Richès et sa fille Ginny. Instantanément, ce fut le coup de foudre. Ginny dont c'était le premier séjour à Paris faisait de la sculpture, dans un atelier situé à Denfert-Rochereau. " J'avais accepté d'être son modèle et je posais pour elle, un bon pretexte pour rester à ses cotés le plus souvent possible. J'étais également son chevalier servant. Je lui montais le sac de bois dont elle avait besoin pour chauffer les deux pièces qu'elle occupait au sixième étage sans ascenceur de la rue Jean Ferrandi. C'était mon chemin du paradis"* Elle fut sa muse et son inspiration pour de nombreuse chansons, dont " Toi tu ne ressembles à personne" avec laquelle Francis Lemarque commençait son tour de chant. * J'ai la mémoire qui chante par Francis Lemarque (Presse de la cité 1992) Francis Lemarque et Ginny - Collection Francis Lemarque Yves Montand et Francis Lemarque - Photo Gérald Bloncourt avec l'aimable autorisation de Gérald Bloncourt |




