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Francis lemarque sur scène

Biographie du monument discret
de la chanson française


Si un chanteur français à inventé une posture morale inédite dans la chanson française, le fatalisme gouailleur, c’est certainement Francis Lemarque. L’homme est une graine légère jeté au vent fou. Beaucoup d’interrogations, une seule réponse : Il faut vivre !

( Jean Marie Laclavetine . A PARIS. Editions Christian Pirot 1999.)

Francis Lemarque, né Nathan Korb, est né le 25 novembre 1917 à Paris au 51 de la rue de Lappe. Ses parents sont tous deux arrivés en France quelques années auparavant pour échapper aux assassins qui commettent impunéments des meurtres en Europe de l’Est. Sa mère Rosa Eidelman est originaire de Lituanie, son père Joseph, est russe. Nathan grandit dans le quartier de la Bastille, ou se mélange les communautés dans une ambiance conviviales, au cœur des bals musettes, des « apaches » et de la débrouillardise.

 

Le deux pièces exigu de la famille Korb se situe au dessus du Bal des trois colonnes et dès l’âge de 6 ans Nathan est un gamin de Paris et « fait la rue ». Avec son frère Maurice et sa sœur Rachel il connaît une enfance pauvre, délurée et joyeuse puis à 11 ans, certificat d’étude en poche il quitte l’école pour travailler en usine. il s’intéresse de plus en plus à la musique. En 1933 son père meurt et en 1934, avec son frère ils intègrent le groupe Mars, qui comme le groupe Octobre est affilié à la fédération des Théâtres Ouvrier de France. Il y rencontrera Maurice Baquet, Jacques et Pierre Prévert, Marcel Mouloudji, Marcel Duhamel, Roger Blin et Paul Grimault entre autre. Au sein de ces groupes qui développent une culture d’avant –garde ils font du théâtre et des chœurs parlé provocateurs et poétiques. Puis les frères Korb créent un duo qu’ils nomment « les frères Marc » sur les conseils de Louis Aragon.

En 1935 il rencontre Sylvain Itkine l’âme du « Groupe Mars ». Sylvain Itkine homme de culture et de passion, était  un homme exceptionnel. Il a ouvert la conscience des deux adolescents et leur a révélé la richesse du monde artistique.

 

En 1936, avec le front populaire, le duo et le groupe Mars chantent dans les usines et tous les lieux ou la lutte ouvrière est en action. Ils font la connaissance de Jacques Prévert avec lequel Nathan/Francis devient ami. Celui-ci les met en relation avec Joseph Kosma pas encore célèbre compositeur entre autre de « Les feuilles mortes », qui sera un temps leur pianiste.

 

Nathan qui est tour à tour décapeur de métaux, vendeur, ouvrier imprimeur, métallo, dessinateur, garçon de courses, culottier, métallurgiste, camelot, chapelier, tailleur pour dame et fourreur continue des tournées épisodiques  avec Pierre Dac, Paul Meurisse et Joseph Kosma. Il continue le duo des frères Marc avec Léo Noël puis avec son frère Maurice libéré du service militaire : Ils sont les premiers à chanter du Prévert et tournent avec Renoir dans « La vie est à nous ». Amoureux fou de Gisèle, la fille de son patron, de nationalité argentine, Nathan traverse la France en vélo pour la rejoindre sur son lieu de vacance, avant que ses parents, devant les jours sombres qui s’annoncent, regagnent leurs pays d’origine.

 

Avec l’arrivée de la guerre Nathan est mobilisé et affecté à Laval au peloton des officiers de réserve. C’est là qu’un capitaine apprend que Nathan a fait une tournée Pierre Dac qu’il tient en idole. Il assigne à la jeune recrue la mission de monter un spectacle. Quelques sketchs de Prévert, des chansons populaires et une mise en scène mémorable. Ce triomphe lui donnera son brevet de chef de section pour aller surveiller l’installation de four à pain à Agonac, près de Périgueux.

 

Juin 1940 il est démobilisé puis il s’installe dans l’insouciance de la zone libre, la guitare en bandoulière à la recherche d’un moyen de subsistance qu’il trouvera au «  Croquefruits ». Cette coopérative fabrique secrètement des patte de fruits nourrissantes à base de dattes, de miel et d’amandes pillées. Installée Rue des treize escaliers près de la porte d’Aix à Marseille elle a été été créée par Sylvain Itkine, Pierre d’Auterive et Jean Rougeul  (qui deviendra après la guerre l’un des plus brillant critique de cinéma)

Jean Effel imagine une publicité «  Je pense donc je suis…Descartes ! Je mange donc croquefruit…sans carte »

A l’heure du rationnement c’est un succès immédiat.

 

A Marseille Nathan et Maurice reforment le duo «  les frères Marc » et Jacques Canetti trouve les engagements: Une tournée à Genève avec Françoise Rosay, puis dans les principales villes du sud de la France avec Fredo Gardoni, deux semaines au casino Aletti à Alger avec Django Reinhardt et Hubert Rostaing. Une semaine plus tard, les alliées débarquaient en Algérie.

 

La France entièrement occupée, Nathan Korb change son nom pour Mathieu Horbet ce qui lui sauve la vie : Le chef de la gendarmerie de Calvinet, frustré de n’avoir pu arrêter son ami Jean Dunoyer de Segonsac, signale Orbet comme oisif au S.T.O. Il emprisonne Mathieu Horbet dans la prison d’Aurillac et par la même occasion sauve Nathan Korb de la déportation.

Libéré après quatre mois et demi de détention Nathan/Korb rejoins le corps Franc Bayard ou il recois le grade de Lieutenant-guitariste et un nom de guerre, le lieutenant Marc tandis que Le Corps Franc Bayard devient le 12eme dragon.

 

A La fin de la guerre, Nathan/Marc revient à Paris et  apprends que sa sœur et son frère sont vivant mais sa mère a été déportée et assassinée à Auschwitz.

Il reprend ses nuits blanches faites d’insouciance sans lendemain retrouva ses copains de Saint Germain des prés, en pleine explosion littéraire et musicale. C’est au café de Flore qu’il fait la connaissance de Steph Simon dit « Bourru », galeriste rue des Sains Père qui a introduit les œuvres de Charlotte Perriant et de Prouvé en France. Steph Simon deviendra son père adoptif, remplaçant Joseph Korb emportée en 1933 par la tuberculose.

 

L’année 46 vas bouleverser sa vie personnelle et professionnelle.

Il rencontre Ginny Richès qui deviendra son épouse en 1948. D’autre part il voit pour la première fois Yves Montand sur une scène parisienne. Le jeune chanteur d’origine italienne, protégé de Piaf est en train de devenir une vedette. Le style unique et nouveau de ses interprétations de chansons populaires bouleverse le jeune Francis. Sa motivation d’auteur est né. En pensant à Montand il écrit « Ma douce vallée » « Bal petit bal » et « Le tueur affamé » qu’il dépose à la SACEM sous le nom de Francis Lemarque. Il chante dans quelques cabarets parisiens dont la Rose Rouge ou l’échelle de Jacob et à défaut d’engagements lucratifs, travaille comme coursier aux éditions de Minuit.

 

L’intervention inattendue de Jacques Prévert qui présente Francis à son idole Montand est le début d’une grande collaboration. Ce dernier séduit par ses compositions lui prends immédiatement «  Ma douce vallée » et « Bal petit bal » Francis lui écrira pendant de longues années une trentaine de chansons dont « A Paris » et « Quant un soldat »

 

En 1949, Francis Lemarque est désormais un auteur reconnu et l’interprète timide sort ses premier disque, deux 78 tours, sur le label Fontana et les conseils de Jacques Canetti qui a su le convaincre d’enregistrer. Excellente initiative puisque Lemarque le chanteur connaît un vrai succès. Cette année là Maurice Chevalier crée «  Le tueur Affamé » au théâtre des champs Elysée tandis qu’au Théâtre Charles de Rochefort, Jean Claude Deret monte « A Paris » un  spectacle illustré par des sketches écrits par Gabriel Macé, Marcel Rioutord et Paul Lacroix, rédacteur au Canard Enchainé. C’est Jacques Laplaine, qui signe sous le nom de Lap dans le même journal qui réalise les décors de ce spectacle dont la chanson A Paris est le fils conducteur.

 

Dès 1951, il obtient son premier prix Charles-Cros avec « Le cocher de fiacre » écrite avec Eddie Marnay. Après une pause forcée début 1952 pour cause de maladie, sa carrière reprend de plus belle. Il entreprend de nombreuses tournées. En 54 il visite la chine, l’URSS en 55, la Pologne en 57 et la Corée du Nord en 58.

 

Les succès s’enchaînent de la même façon avec « Quant un Soldat » un titre pacifiste ou « Le petit cordonnier ». On le voit dans de nombreux galas. Dans son répertoire, Francis Lemarque décrit Paris et ses quartiers populaires, le monde des guinguettes et des voyous, l’amour et un certain romantisme, mais il sait avoir une plume engagée.

 

En 1958 il monte sur la scène de l’Olympia pendant cinq semaines dans un spectacle avec Paul Anka et Colette Renard et prouve ainsi sa popularité auprès d’un large auditoire. Il se lance également dans l’écriture de musique de film dont « Mimi Pinson ».

 

En 1960, Francis Lemarque monte sa propre maison d’édition, Déjà à la tête d’un large répertoire, il éditera également les textes d’Alain Barrière, Serge Lama, Alain Barrière, Daniel Guichard, Félix, Alain Duhamel, et les musiques de son ami Michel Legrand « Les parapluies de Cherbourg » et « Les demoiselles de Rochefort », deux films de Jacques Demy.

 

Du coté familial, la famille s’agrandie après une fille aînée Danièle en 1952, de Stéphane en 1954 et de Michel en 1960.

 

C’est au cours des années 60 qu’il écrira les musiques de « Terrain vague » de Marcel Carné, « Le gentleman d’Epsom, Les vieux de la vieille et Le cave se rebiffe » de Gilles Grangier, et de « Cause toujours mon lapin » de Guy Lefranc orchestré par Michel Legrand. En 67 il compose la musique du film « Playtime » de Jacques Tati, orchestrée par François Raubert. Il compose aussi pour de nombreux téléfilms dont « Chéri Bibi » de Jean Pignol.

 

Les tournées continuent de plus belle pour Francis Lemarque dont le style trouve des amateurs à travers le monde entier. En 62 il donne des récitals en Afrique du Nord, en Europe et au Canada. En France son talent et son sens unique de la mélodie sont récompensés par le prix de la critique de la Rose d’Or d’Antibes en 1965 pour la chanson «  Le bar du dernier verre » extraite de son disque «  Francis Lemarque chante Francis Carco » et obtient un nouveau prix Charles-Cros..

 

Jusqu'en 1970, sa notoriété connait une éclipse. Il se demande ce qu'il va faire et commence a étudier l'harmonie, un rève qu'il caresse depuis longtemps.

Ferrat prépare un spectacle au Palais de Sports et demande à son ami d’y participer. L'écrivain Georges Coulonges lui apporte l'ébauche d'un texte et
 il se lance dans un  large projet. Ensemble ils écrivent une fresque sur l’Histoire de Paris vue par le peuple de 1789 à 1944 qui sort en 1976 sous forme de coffret de 3 disques. Il la nomment «  Paris Populi ». Les titres sont interprétés par une pléiade d’artistes en vue.

En 77 Francis Lemarque enregistre à nouveau Paris Populi au Théâtre de l’Est Parisien, en public avec son orchestre de cinq musiciens et une projection audio-visuelle réalisée par Yann Bériet.

 

En 78 il reçois le Grand Prix du Président de la République de l’Académie Charles Cros.

 

En 79, il fait un voyage de 4 semaines en Chine et sort un nouvel album « La dame aux souvenirs ». Il reprend ses tournées jusqu’en 80 et « Paris Populi » est toujours à l’affiche de ses récitals. A Paris, il passe à la Gaité Montparnasse pendant un mois avec le spectacle Paris Populi.

 

En 81 il reçois le Grand Prix National de la chanson pour l’ensemble de son œuvre.

 

A 65 ans, Francis Lemarque est toujours en pleine activité. Il sort trois album, ouvre son propre studio, est nommé Officier des Arts et des Lettres et collectionne quelques grands prix tels le Prix de la SACEM et son troisième Prix Charles-Cros en 1989.

 

Il passe régulièrement sur les scènes parisiennes, Dejazet en 88, au festival du Printemps de Bourges en avril 88 et l’Olympia en 89. Cette année il sort un coffret  de 9 disques «  A La découverte de la chanson Française », couronné par l’académie Charles Gros.

 

Et si pendant les quelques années suivantes, il ne réapparaît dans l’actualité que pour deux récitals à l’Olympia, c’est pour, entre autre, écrire ses souvenirs dans un livre qui paraît en 1992, « J’ai la mémoire qui chante »

 

Francis Lemarque fête ses 75 ans dans un des plus célèbres bals de Paris, Le Balajo, qui se situe rue de Lappe, la rue de son enfance.

Le 5 juin 1994, il donne un concert unique au Casino de Paris et sort un album enregistré en public « Lemarque 94 »

 

Monument discret de la chanson Française, il est de plus en plus fêté à travers des concerts et des festivals. En décembre 1996, le vendredi 13 et samedi 14, le Centre de la Chanson, en collaboration avec Radio Bleue Paris, la SACEM, ADAMI et la Mairie de Paris, réunis à l’auditorium du Forum des Halles 30 artistes qui  interprètent ses plus grands titres. Chanson Plus Bifluoré, Anne Sylvestre, Allain Leprest, Hugues Haufray, Alain Souchon, Laurent Voulzy, Clara Finster, Orphéon Célesta, Romain Didier,  Françoise Kuchera, Marcel Amont, Pascal Sevran, Jean Pierre Chabrol, Yves Robert, Gilbert Lafaille, Mouron, Jacques Horogné, Marc Robine, Jehan, Les belles Lurettes, Xavier Lacouture, Les Amuse Girls, Suzy Firth, Madjid Djeddi, Laurent Balandras, Gérard-André, La chorale Beaugrenelle, Mauricette, Peter Blanker, Eduardo Peralta, Attilla Bardoczi.

 

A 81 ans, en octobre 98, il trouve encore l’enthousiasme de monter sur scène au Théâtre de l’Est Parisien pour deux semaines pour un public de tout âges. Infatigable, il ne se lasse pas d’écrire. Plus de 400 chansons à son actif et un dynamisme exceptionnel.

 
En janvier 2001 il donne son dernier récital à Viarmes.

 

Il s’éteint chez lui le 20 avril 2002 à l’age de 84 ans.

 

Avec Charles Trenet, Henry Salvador, et Charles Aznavour, Francis Lemarque à une des plus longues et des plus riches carrière de la chanson Française. Certains de ses titres appartiennent à la mémoire collective de la culture française.

* J’ai la mémoire qui chante, par Francis Lemarque (Presses de la Cité, 1992)